Répondre catégoriquement à toutes ces questions (et bien d’autres…) semble prématuré. Pourtant un constat provisoire peut être fait depuis la réunion d’information qui s’est tenue « in situ » le 15 avril à 18 h 30 devant un parterre attentif d’élus municipaux, de responsables du chantier et de quelques habitants curieux de la « chose écologique », en voisin ou en protestataires.
Tout a commencé par la parution d’un entretien avec Jean-Yves Six, premier adjoint au maire délégué à l’urbanisme et au développement durable, paru dans le numéro de novembre-décembre 2009 de Triel-Info, le journal de la municipalité.
Tout a commencé à ce moment là ? Bien sûr que non. Un premier schéma du projet avait été présenté discrètement lors d’une exposition publique en novembre.
Cette information d’une opération capitale pour « valoriser, protéger notre patrimoine » n’est communiquée à la population que quand tout est bouclé, décidé, financé et que les travaux vont commencer. Effet d’aubaine d’une subvention providentielle ? Volonté d’aménager les bords de Seine ? Souci de rajeunir un lieu bien dégradé ? Toujours est-il que quelques habitants se soucient de l’avenir du paysage, et du bien fondé de l’opération qui semble improvisée.
Après de nombreuses lettres, articles, protestations, recherches d’information etc. le Maire, M Joël Mancel, reçoit fin décembre, en présence de son premier adjoint, une délégation de Triellois qui apprend entre autre que ce projet date de plusieurs années et qu’il nécessitera l’abattage de tous les arbres existants. Ce projet est écologique, se fera comme prévu (sauf modification pour les pêcheurs), coûtera peu à la commune et débutera début janvier… Circulez, il n’y a rien à voir ! Ambiance…
C’est méconnaître l’opiniâtreté des interlocuteurs car suite à une intervention publique, à de nombreuses lettres de protestations et quelques articles dans la presse locale, certaines promesses sont arrachées : report du démarrage du chantier, sauvetage de quelques arbres et tenue d’une réunion publique d’information.
Les promesses n’engageant que ceux qui les ont prises pour argent comptant, la réalité les rattrape rapidement : pas de réunion d’information, démarrage du chantier et abattage des arbres sans préavis, malgré les protestations et les arguments avancés. La communication dans ce dossier est calamiteuse, mais rien n’est perdu : il faut bien que les travaux se fassent, que les engins cheminent sur les berges qui seront remises à neuf. La « vox populi » n’est pas bafouée, elle est simplement ignorée et ce n’est qu’après de nouvelles protestations écrites et quelques interventions personnelles hasardeuses que la réunion demandée a lieu.
Simple visite de chantier, argumentation synthétiquement « technocratique », animée par une intervention passionnée à la mémoire des arbres… Trop tardive pour les arbres, « cette fausse réunion posthume pour parler des arbres sacrifiés » aura eu quand même un côté positif car d’abord elle a eu lieu (merci pour l’information chichement distribuée) ensuite elle a permis d’apprécier les explications écologiques des experts (ingénieurs, chefs d’entreprises etc.) et aussi de constater que les prémisses d’une future promenade « au centre de talus » se dessinaient. Plus de pierres, de béton, de déchets. Place à un paysage reconstitué « au naturel », plantation de nouveaux arbres (arbustes ?), alternance de plages de gravier etc. Incidemment, et c’est un signe, on apprend que dans la précipitation à couper les arbres gênants, un « de trop » a été sacrifié qui devait subsister. Bien sûr il y aura des roselières... une mosaïque de milieux aquatiques... de nouveaux cheminements... le maintien des berges sera assuré… la lutte contre l’érosion testée...
Au milieu de toute cette description technique, un moment d’émotion s’est produit. En effet, photos à l’appui et malgré les ricanements étouffés, Mme Raymonde Ulh a demandé une minute de silence car les arbres comme tout être vivant méritent notre respect.
Enfin il faut admettre que la plupart des présents ont visité le chantier avec intérêt et même si certains ont semblé accepter les arguments avancés d’autres ressentiront encore longtemps cette amertume que laissent les actes définitivement inutiles surtout qu’ils auraient pu être évités. Selon le Petit Robert, page 59, l’amertume c’est « un sentiment durable (comme le développement !) de tristesse mêlée de rancœur, lié à une humiliation, une déception, une injustice du sort. »
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