Sur le bureau la page.
Sur le bureau la page blanche.
Des heures sans un mot, sans rien.
Du mal à écrire, oui il avait du mal à écrire. Mais écrire quoi au juste : une nouvelle, un roman, une histoire, un poème, un conte, un article, un pamphlet, Un essai ?
Il n’en savait rien, mais il voulait écrire et il ne produisait rien … absolument rien. Alors soudain sa main se mit à bouger, sa plume à se déplacer. Il vit des lettres se former, un a puis un l, puis d’autres encore.
Puis des noms, des mots, des verbes, des pronoms, des conjonctions, des prépositions, des verbes, des adjectifs, des présents, des imparfaits, des subjonctifs ! Des lettres, encore des lettres, fluidité du texte, calibrage de l’expression, précision de la ponctuation.
Il écrivait quoi au juste ?…
A vrai dire il n’en savait plus rien. Et puis quelle importance, puisqu’il écrivait ! Soudain il mit un point, donc la fin d’une phrase. Il se relut donc : oui cela avait un sens, c’était plutôt bien tourné. C’était l’histoire d’un écrivain devant une page blanche, d’un prolifique de mots, d’un sculpteur de textes, d’un bateleur de pages, soudainement muet, soudainement coi.
Mais sa main reprenait sa farandole, légère comme une plume, des pleins, des déliés, des capitales, des minuscules.
Aisance, style, fluidité, il avait toujours pensé qu’il était fait pour l’écriture. Mais brusquement sa main ralentit, elle devint lourde, pesante, molle. Il avait cessé d’écrire. Du bruit, des bruits, il se réveilla, la page était toujours blanche, vierge, immaculée.



