Nous sommes les enfants de la République
Contradiction, torsion des mots… Un spécialiste du genre, George Bernard Shaw n’a t-il pas écrit qu’« à la nomination d’une petite minorité corrompue, la démocratie substitue l’élection par une masse incompétente » ? Renvoyer dos à dos dictature et démocratie relève de la provocation mais fait réfléchir les « enfants de la République » que nous sommes devenus (enfin, presque tous…). 1789 a eu lieu et reste incontournable. A condition : celle d’en préserver l’esprit que l’on peut (encore) lire sur le fronton de nos mairies : Liberté, Egalité, Fraternité. Certains, inquiets ou lucides, rajoutent : Laïcité. Toutes les tentatives (venant de l’extérieur) pour effacer ces principes fondamentaux ont fini par échouer. Mais celles venant de l’intérieur pourraient réussir à les éradiquer si l’on n’y prend pas garde.
Nostalgie inconsciente
Au fond de son inconscient collectif le Peuple de France n’est-il pas resté nostalgique de l’Ancien Régime ? A-t-il oublié l’absolutisme ? Cette période pendant laquelle le pouvoir était détenu par une (très petite) minorité. Un temps qui connu l’arbitraire permanent, la corruption organisée et la tutelle (l’oppression) des plus faibles par les plus forts. Le droit de vote ? On ne connaissait pas. L’indépendance de la justice ? Juste une évocation philosophique. La puissance de la police ? Au service du pouvoir (absolu). La religion ? D’Etat et tenant en laisse l’éducation des élites, délaissant celle du plus grand nombre… avec la complicité bienveillante du pouvoir.
Ingratitude
Ce sont les grands hommes de la République qui fondèrent notre régime démocratique. Une « success story » qui rendit l’école (l’instruction publique d’alors) obligatoire et gratuite, limita le pouvoir des « forts » par la loi. D’autres lois établirent la liberté religieuse, le droit de vote universel et tant d’autres droits qui nous semblent naturels mais furent acquis après des luttes et des combats que nous ne devons pas oublier. Un autre devoir de mémoire, appelé instruction civique n’est-il pas à la disposition de nos pédagogues ? En démocratie l’état d’alerte doit être permanent. Si le danger vient des extrêmes, on s’y habitue tant que ses thuriféraires restent minoritaires. On peut y voir un trop plein destiné à canaliser les mécontentements marginaux. Mais un autre danger existe : la démagogie. Une menace réelle car le démagogue confisque le pouvoir dans le but (entre autre) d’entretenir ses propres intérêts et ceux de son clan. C’est un pas vers la confiscation du pouvoir, vers la dictature, même si le vocable est camouflé sous un autre mot.
Une balle dans le pied
Il en va tout autrement et c’est encore plus dangereux quant la majorité (moins silencieuse qu’on le dit) s’exprime par une non participation au jeu démocratique. Il s’agit de ce cancer contre lequel l’intelligence reste impuissante : l’abstention. Une attitude de passivité citoyenne en contradiction avec ses propres objectifs. Quoi de plus contradictoire que de non-agir quand on a le choix en votant d’interpeller le politique ? Quoi de moins efficace que la non-participation quand on peut ou qu’on doit contribuer ? Quoi de plus dangereux que l’inertie du non-vote quand la liberté de s’exprimer est offerte en toute liberté ? Alors chacun (politiques, médias, café du commerce, etc.) y va de son petit couplet interprétant des causes, des effets et des conséquences qui arrangent ses propres affaires. Autrement dit ses échecs. Car si la décision d’abstention reste individuelle, son effet devient collectif : l’excès d’abstention nuit à la démocratie. C’est une balle dans le pied que se tirent les abstentionnistes et quand les discoureurs de campagne s’évertuent à l’expliquer, l’interpréter, ils prêchent dans le désert devant des électeurs devenus sourds. De toute façon il se peut que parmi les abstentionnistes il y ait proportionnellement une répartition équitable des voix renvoyant les statisticiens à leurs chiffres inaudibles.
Des remèdes improbables
Certains pays ont rendu le vote obligatoire, sous peine de sanction. Affligeant système qui infantilise l’électeur. Pourquoi ne pas récompenser (par une réduction d’impôt par exemple) ceux qui votent (les électeurs non imposables toucheraient une prime). Voter étant un droit, c’est par l’éducation depuis le plus jeune age qu’il faut commencer mais le chemin sera long avant que les effets se fassent sentir. Alors améliorons le discours politique des campagnes électorales afin que les citoyens prennent mieux conscience que ce sont leurs intérêts qui sont en jeu et non ceux des candidats. Mais pour cela il faudrait qu’au cours de leurs mandats ces derniers rendent des comptes régulièrement. Trop souvent les contradictions, arrangements, compromis et autres concessions qu’imposent les diversités d’intérêts masquent et parfois freinent les véritables actions positives destinées à accomplir les points des programmes affichés au départ. Mais là c’est une autre histoire qu’il faudrait écrire. Celle des engagements tenus et des autres… non tenus.
Deux tours pour se faire plaisir
En fait il y a une question qu’on ne se ose pas, c’est celle des deux tours : au premier on se fait plaisir en se disant qu’au second ce sera du sérieux. Il n’y a pas si longtemps un deuxième tour des présidentielles en surpris plus d’un. Candidats compris. Alors pourquoi ne pas essayer un seul tour : ça passe ou ça casse. Et pourquoi pas la démocratie directe ? L’agora des civilisations de l’Antiquité inventa la démocratie. Un retour aux sources, improbable hypothèse d’école, qui semble avoir fait long feu à travers les expériences de démocratie participative. Mais nous sommes là dans le domaine de l’utopie ravageuse car si à chacun des maux connus il y a un remède, contre la complexité de la nature humaine on n’en a pas encore trouvé de fiable.
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