L’histoire du quartier de La Noé à Chanteloup-les-Vignes est celle d’un projet avorté. « La seule de mes cités qui me déçoive est Chanteloup-les- Vignes, que j’aimais énormément dans sa forme originelle et qui a été mutilée abominablement1 », écrit à son propos Émile Aillaud quelques années après sa réalisation. Dès son origine, le projet connaît une histoire mouvementée : initialement restreint, son programme est revu à la hausse dans la perspective de faire du village de Chanteloup un centre à l’échelle de la région, voué à accueillir la préfecture du Val-d’Oise. Après avoir esquissé plusieurs scénarios, Émile Aillaud propose un plan qui reprend certains des principes explorés à la Grande Borne : un espace public, principalement piéton, se développe au sein d’un tissu bâti varié, composé d’une alternance d’immeubles collectifs hauts et de « maisons-patios » plus basses.
Opposé à l’introduction systématique d’espaces verts, qu’il laisse volontiers à un « Corbusier végétarien » qui les a inventés, Émile Aillaud imagine ici une succession de places urbaines dont chacune aurait un caractère propre : « L’ensemble urbain, peu à peu, se compose ainsi, fait de temps forts et de temps faibles, d’élargissements et de rétrécissements, comme une respiration2. »
Le refus de la monotonie caractéristique des grands ensembles de l’époque pousse l’architecte à peupler sa ville d’œuvres et à l’égayer à l’aide de matériaux colorés, comme la pâte de verre. Ce « contre-pied » le pousse également à déléguer la conception de pans entiers à son assistant, Christophe Lukasiewicz, ou encore à concevoir des tours comme des ponctuations qui, bien que jamais réalisées, annoncent celles du quartier Picasso de Nanterre.
Seuls 2 400 logements des 4 000 prévus sont édifiés, pour satisfaire la population locale qui s’élève contre la réalisation de logements sociaux qu’elle considère trop nombreux. Le plan d’origine n’est ainsi réalisé qu’en partie, l’ensemble de maisons patios étant, entre autres, abandonné. Cette décision explique, selon l’architecte, l’échec partiel du projet : seuls les logements dédiés à une population plus démunie étant construits, l’équilibre social de la cité se trouve irrémédiablement mis à mal. Ce qui navre particulièrement Émile Aillaud qui, comme il l’écrit lui-même, nourrit un « souci croissant pour les marginaux ». En plus de cette amputation, l’opération souffre également de vices de construction et de l’absence des équipements minimaux nécessaires pour insuffler à La Noé la vie que souhaitait ardemment lui transmettre l’architecte.
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Lieu et horaires :
Pavillon de l’Arsenal
21 boulevard Morland 75004 Paris
heleneficat@pavillon-arsenal.com
Tél +33 (0) 1 42 76 26 53
- Publié le 4 août 2008 par Robert Landsberger





