C’est devant un public plutôt clairsemé, au sein du complexe sportif qui porte le nom du nouveau député UMP, David Douillet, que la maire de Chanteloup-les-Vignes, Catherine Arenou (UMP) s’est adressée aux notables, élus locaux et à une centaine de Chantelouvais pour la traditionnelle cérémonie des vœux.
Une maire en quête de légitimité qui a su éviter le discours politique
Chanteloup est la dernière commune au sein de la Communauté d’Agglomération des Deux Rives de la Seine (CA2RS) à célébrer la nouvelle année. La comparaison du discours du maire avec ses cinq autres collègues en fut d’autant plus aisée.
Premier contraste : l’absence de toute référence à la politique nationale. Si les collègues de l’interco se sont tous épanchés sur les dossiers chauds (taxe professionnelle et réforme des collectivités territoriales, et même les réformes de Sarkozy) et joué leur rôle de bons petits soldats de leur parti respectif (UMP pour quatre maires, PRG/PS pour le maire de Carrières), Catherine Arenou s’est abstenue de tout commentaire. La maire de Chanteloup s’est grandi en polarisant son discours sur la ville de Chanteloup : voilà un vrai représentant des habitants qui sait garder dans sa poche ses opinions politiques. Car, n’en déplaisent aux directeurs de cabinet de nos élus, la cérémonie des vœux à la population doit être un moment centré sur la commune et ne pas se transformer en meeting politique. Les maires sont, ce soir-là, les représentants de leurs concitoyens et ne devraient pas être en campagne électorale.
Deuxième différence : une certaine volonté d’asseoir sa légitimité en tant que maire. « Certains il y a un an, ont pu se demander qui donc était cette femme qui avait osé succéder à Pierre Cardo… », a déclaré Catherine Arenou. Elue depuis moins d’un an par le Conseil municipal (et non par la population), dans une ville difficile et qui penche à gauche lors des élections nationales, Catherine Arenou a insisté pour souligner son « attachement à la liberté, qui permet la création de richesses. Une liberté que je revendique avec passion : je ne suis ni l’inféodée ni l’exécutante de qui que ce soit, je suis simplement et totalement au service de ma ville. »

Discours et film ont montré une ville diverse, multiculturelle, heureuse, habités par des « talents » qui sont « autant de richesses »…
Dans la salle, quelques centaines de personnes : des élus, des représentants de l’administration, des habitants du vieux centre, des quartiers pavillonnaires… bref, du haut de Chanteloup.
On cherchait, en vain, le multiculturalisme et les habitants de la cité…
Une analyse optimiste de la situation sociale de la ville
Autre fait notable : Catherine Arenou est une élue portée sur les questions sociales et qui po-si-ti-ve ! Et si, lors des cérémonies qui se sont succédées ces deux dernières semaines, les autres maires ont tous trempé, plus ou moins, dans l’autosatisfaction, l’élue de Chanteloup a plutôt penché vers la « positive attitude »…
Selon la maire, si l’on ne devait retenir qu’un événement de l’année 2009, ce serait la manifestation des « 1001 Talents » : journée des femmes, soirée africaine, concerts… avec l’aide du mouvement associatif. « Merci à Ali Fati, Mounir Satouri, Anne Chatelain, Natalia Baleato, et tous les autres, c’est un peu l’âme de Chanteloup et sa spécificité faite de chaleur et de talent qui s’exprime chaque jour dans les associations au profit du plus grand nombre », a tenu à rappeler Catherine Arenou.
Cette manifestation avait été critiquée par l’opposition PS, emmenée par Estelle Rodes, qui y voyait une récupération politique de quelques succès individuels ne devant rien à la municipalité, incapable de « proposer un projet cohérent » de long terme à la ville. Lors de son discours, la maire de droite a regretté ces polémiques : « n’en déplaise à quelques esprits chagrins, 1001 talents a été un véritable succès qui a montré le vrai visage de Chanteloup : celui d’hommes et de femmes simples ou brillants qui se mettent au service des autres ».
- Estelle Rodes -
Pour chacune des cérémonies des vœux des villes, nous avons toujours laissé une place à l’opposition pour qu’elle puisse réagir, notamment, au discours des maires.
A Chanteloup-les-Vignes, impossible de mettre la main sur les élus de l’opposition. Estelle Rodes, pourtant engagée dans les Régionales sur la liste PS, n’a pas voulu faire de commentaire sur la cérémonie.
A vouloir positiver, la maire de Chanteloup n’est pas loin de proposer une image tronquée d’une ville qui demeure, hélas, marquée par la ghettoïsation, l’échec scolaire et l’accumulation des handicaps économiques et sociaux : « ces habitants, ils sont ingénieur, chercheur, sportif, militant associatif, investis nationalement ou dans leur cage d’escalier. Trop souvent, Chanteloup est perçue de l’extérieur comme une ville à problèmes. Comment s’étonner dès lors que nos jeunes se sentent stigmatisés, que la ville soit pointée du doigt ? ». Catherine Arenou persiste et signe une ligne directrice à double tranchant : « je n’ai pas été élue maire pour pleurer sur le sort de ma ville et plaindre ses habitants ! ».
Dans le domaine des réalisations concrètes, la municipalité a mis en exergue le « grand projet de ville » qui transforme Chanteloup depuis quelques années. Une vaste opération de renouvellement urbain, largement subventionnée par l’Etat et la Région, qui a permis la réhabilitation du COSEC (« une des plus grandes fiertés de la ville ») et la création de la Maison de la Petite enfance « Pierre de Lune » permettant « la mutualisation des services de la petite enfance ».
2010 : Chanteloup poursuivra ses actions de rénovation urbaine
La poursuite des travaux urbains a pour priorité de transformer les caractéristiques spatiales du tissu chantelouvais en tentant de réunifier le bas et le haut de Chanteloup, la cité et les maisons individuelles… Le réaménagement du carrefour Colinet « doit devenir le cœur et l’unicité de la ville », a rappelé la maire, « le réaménagement de la rue Edouard Legrand, grâce au plan de relance, sera notamment marqué par l’installation du poste de police, qui sera ainsi placé dans des conditions meilleures pour tous : pour les agents y oeuvrant et pour les citoyens, qui pourront s’y rendre de façon moins stigmatisante. » Tous les projets en cours ou à venir (place des Arcades, rue des Pierreuses, place du Pas…) devraient, selon l’édile, « modifier profondément la vie dans la cité, en créant là encore de l’ouverture, de l’espace, de la valorisation, comme ce fut le cas récemment sur la très belle place de Jade, avec ses espaces végétalisés ». Enfin, un nouveau Plan local d’urbanisme devrait voir le jour en 2010.
Si la ville valorisait la richesse et la diversité de sa population, le buffet proposait sandwichs pain de mie, navettes et petits fours sucrés… bref, des amuse-bouches, certes bons, mais bien français et on ne peut plus traditionnels.
Chanteloup, avec Carrières, était la seule commune à proposer du champagne à ses habitants. Un champagne de récoltant excellent qui a enthousiasmé l’assemblée.
En route pour les 10 000 habitants !
Catherine Arenou l’a rappelé : la rénovation urbaine a aussi pour objectif d’atteindre et dépasser le cap des 10 000 habitants « afin de prétendre à des dotations budgétaires plus importantes ». Le budget justement : la maire UMP a regretté « les moyens de l’Etat hélas de plus en plus incertains. Or, notre ville, à l’image des autres communes situées en zone sensible, doit faire plus avec moins de moyens. » Aussi, la municipalité a demandé à ses services une économie de 15 % sur leurs dépenses. Mais, Catherine Arenou - « positive attitude » oblige - a immédiatement rappelé que « non, Chanteloup ne vivait pas au-dessus de ses moyens grâce à la politique de la ville : Chanteloup fait simplement en sorte que ses habitants les plus défavorisés, eux aussi, bénéficient de services publics de qualité, de sorties, d’activités culturelles, de la même chance de réussir à l’école. »Le décalage du discours de Catherine Arenou, avec ses collègues de l’interco, illustre le contraste socioéconomique existant entre Chanteloup et les autres communes, particulièrement Triel et Andrésy, les deux voisines qui sont pourtant si loin ! Ce n’est ainsi pas innocent que Catherine Arenou ait fini son discours par ses mots : « avec vous, grâce à vous, je ferai en sorte que Chanteloup ait les mêmes chances que les autres villes. »…
- Publié le 8 février par la rédaction
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