Marie-Hélène Lopez-Jollivet, maire PS de Vernouillet, l’avait annoncé en janvier 2009 : le projet de transfert de centre commercial à Vernouillet sera relancé à la fin 2009. Les entretiens et négociations politiques ont eu lieu et le résultat est là : le transfert se prépare avec un dossier technique et juridique auprès de la préfecture.
35.000 m² de SHON
Un magazine spécialisé dans la grande distribution vient de publier l’annonce suivante : Un programme de 35.000 m² doit voir le jour à Vernouillet, en septembre 2013. Le projet, mené par le Groupe Desjouis, intègre une surface alimentaire de 6.000m² de vente (éventuellement le transfert du Carrefour local, ex-Champion), 4 moyennes surfaces et 80 boutiques et restaurants sur un seul niveau couvert de verdure et de cellules photovoltaïques. Il s’inscrit sur les terrains de l’ex-Eternit dont les bâtiments seront partiellement conservés. Le site d’entrée de ville s’inscrit dans la création d’un nouveau quartier et dans la boucle du pont de Triel. Sa structure moderniste, dessinée par Laroche Jard, ouvre sur la Seine, d’une part, et certains commerces sur une allée arborée de l’autre côté de laquelle doivent être rajoutés un multiplexe et un Village des Loisirs.
Interrogations et incertitudes qui restent
Cela dit, plusieurs interrogations restent à élucider : pourquoi la Communauté d’agglomération des Deux Rives a donné son accord à ce transfert ? Quels sont les enjeux politiques de cette négociation ? N’oublions pas que Triel-sur-Seine est concernée par l’aménagement de ce site avec un tiers de la surface de l’ancienne usine d’Eternit. Est-il possible d’expliquer que les objectifs en matière d’aménagement sont similaires entre l’OIN Seine Aval et la construction d’un centre commercial nouveau à Vernouillet ?
Ensuite, l’aménageur, Groupe Desjouis, a-t-il les moyens de ses ambitions en sachant que la crise immobilière n’est pas propice à ce type d’aménagement de grande envergure. D’ailleurs, la plupart des leaders dans l’aménagement vendent ces centres commerciaux parfois à perte. Les échecs successifs à Kremlin-Bicêtre et à Flins modifient la donne en Ile-de-France, sans parler de l’abandon d’un premier projet de ce même aménageur à Triel-sur-Seine.
Côté incertitudes, le concept français de centre commercial a subi des modifications. Ainsi, le Conseil National des Centres Commerciaux a donc estimé utile de changer de stratégie d’implantation nouvelle en liaison avec des élus pour s’interroger sur ce que peut apporter un centre commercial à un cœur de ville, son impact économique et urbanistique, les conséquences sur l’emploi, l’organisation et l’attractivité de la ville.
L’objectif annoncé de cette nouvelle stratégie est de faire prendre conscience du potentiel représenté par les cœurs de ville et d’identifier des perspectives de développement avec :
des retours d’expérience d’implantation de centres commerciaux en cœur de ville,
l’accroissement du rôle du commerce dans la redynamisation, l’emploi, l’urbanisme, l’organisation et l’attractivité des centres-villes,
de la nécessaire corrélation entre le commerce, les transports, la mobilité dans la ville.
En plus, la contrainte environnementale pose d’incertitudes. La vague écologique va-t-elle souffler sur les terrains en friche de Vernouillet ? Le propriétaire du site envisagé pour le transfert, Eternit, devrait traiter correctement la pollution emmagasiné dans le sol. Il est temps de se poser la question de la dé-pollution de ce site, maltraité par un industriel qui avait exploité les ressources humaines et foncières durant des décennies. Le « capitalisme naturel » implique de laisser dans l’état naturel un site après exploitation. D’ailleurs, la loi exige un traitement de la pollution avant de céder la propriété polluée. C’est pour cela que le propriétaire va procéder à l’utilisation d’un bail emphytéotique (durée entre 25 et 70 ans !) à l’aménageur.
A cela s’ajoute une incertitude juridique : les propriétaires du mur et commerçants du centre commercial actuel ont signé en 2007 un protocole d’accord, qui est aujourd’hui caduque. Ce protocole permettait un bon déroulement (juridique et financier) pour le déplacement des commerçants voulant s’implanter sur l’autre site. Vont-ils les propriétaires se mettre d’accord à nouveau avec l’aménageur ? Certains commerçants craignent de payer les pots cassés de la crise et des retards d’allumage de ce dossier hautement technique et politique.
En conclusion, et sans se prononcer sur le fond de cette affaire, le retard du transfert de ce centre commercial est une illustration de la non-gouvernance locale entre les décideurs politiques afin d’aménager globalement l’ensemble des deux rives de la Seine.



