A l’origine des établissements financiers américains spécialisés dans les prêts immobiliers ont lancé des crédits immobiliers s’adressant à des populations fragiles. Ces prêts étaient à taux variable, comme dans la plupart des pays anglo-saxons, mais plus chers que les prêts standarts pour couvrir un risque plus élevé, d’où le nom de subprimes. Très attractifs, ils permettaient au débiteur, de ne rembourser que des petites sommes au début de leur échéancier. La valeur du bien immobilier servait de garantie pour le crédit principal et pour des prêts ultérieurs, parfois à la consommation, puisqu’au Etats – Unis on peut emprunter sur du court terme en gageant sa maison.
Tout ce beau mécano s’est effondré très rapidement courant 2007 pour 2 raisons essentielles : les prix immobiliers ont commencé à chuter dès 2006, avec une accélération en 2007. Les emprunteurs n’ont pu s’endetter à nouveau pour rembourser les anciens prêts, puisque la valeur du bien gagé avait baissé. Les taux d’intérêt ont été relevé à plusieurs reprises par la banque fédérale, forçant les emprunteurs à faire face à des échéances de plus en plus lourdes jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus rembourser leur crédit. Le créanciers ont affronté des milliers de défaillances de paiement, ce qui a conduit rapidement à leur faillite et à leur reprise, pour certains, par d’autres banques.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là…
Pour éviter la faillite, de grandes banques comme Merryl Lynch, City Group, Union des banques suisses, ont du faire appel à des fonds souverains
Pour financer ces crédits immobiliers les établissements prêteurs ont titrisé leurs prêts en les convertissant en obligations qu’ils ont lancées sur le marché, adossées sur les subprimes. Ces titres étant plus rémunérateurs que les obligations d’Etat, ont reçu un très bon accueil de la part des banques qui les ont souscrits à hauteur de plusieurs centaines de milliards d’Euros. Les banques américaines ont souscrit en masse, mais aussi des banques européennes et asiatiques. Avec la forte progression des défaillances de débiteurs et l’accélération de la chute du marché immobilier, l’une entraînant l’autre, la valeur de ces titres s’est effondrée conduisant à son tour à des pertes énormes pour les banques. A la fin de cette crise elles se chiffreront sans doute à 400 Milliards de dollars et plus. Pour éviter la faillite, de grandes banques comme Merryl Lynch, City Group, Union des banques suisses, ont du faire appel à des fonds souverains chinois, koweitiens, singapouriens pour apporter les capitaux nécessaires à leur survie ; d’autres , comme la Northern Rock, au Royaume Uni, ont du faire appel à l’Etat ou à des pouvoirs publics locaux .Les banques françaises n’ont pas été épargnées avec des pertes de 1700 Millions d’euros pour le Crédit agricole, 2000 Millions d’Euros pour la Société Générale…. et les autres à venir dans les prochaines semaines.
La crise des Subprimes est une honte. Pourquoi ? Parce que les mêmes banques qui mégottent pour un dépassement de compte de 10 Euros pour un particulier ou 1000 Euros pour une PME, se sont lancées à corps perdu dans des souscriptions qu’elles savaient à fort risque, uniquement pour leur aspect rémunérateur. Ce faisant elles ont oublié leur métier de base d’évaluateur de risque pour maximiser leurs gains à court terme au mépris des règles élémentaires de prudence. Ce faisant elles ont offert sur un plateau l’occasion aux fonds souverains de pénétrer dans leur actionnariat. Ils n’auraient jamais pu y parvenir aussi vite et aussi fort en temps normal. Ce faisant elles vont permettre à ces mêmes fonds et pays de commencer à diriger la finance occidentale : or chacun sait qu’aujourd’hui la finance internationale est bien plus puissante que le politique. Ce faisant, enfin, elles seront bien plus regardantes sur les nouveaux emprunteurs qui frapperont à leur porte, raréfiant ainsi le crédit dont les affaires ont tant besoin et conduisant l’économie mondiale vers un ralentissement voire une récession pour certains pays.
Hubert Reeves a dit » la cupidité sera la fin de l’Humanité » Cette gravissime leçon sera-t- elle suffisante ?
Les conséquences de ces graves erreurs de jugement et de gouvernance sont d’autant plus sérieuses que personne ne sait quand va s’arrêter cette crise. Il est clair que les défaillances de débiteurs ne vont pas disparaître comme par enchantement et qu’elles se poursuivront dans le sillage de la baisse de l’immobilier américain c’est-à-dire pendant tout 2008. Il est clair aussi que toutes les banques devront établir la transparence totale sur leurs comptes, sauf à entretenir indéfiniment la méfiance sur leur véritable exposition dans cette triste affaire. Triste, oui, car seule la cupidité, voire l’avidité ont conduit à ce désastre :
Hubert Reeves a dit » la cupidité sera la fin de l’Humanité » Cette gravissime leçon sera-t- elle suffisante ?


